La vallée de l'incompréhension : quand le blues rencontre la foi (Habakuk 3)
- David Naud
- 16 déc. 2025
- 8 min de lecture
Série : Les blues de l'âme - Partie 2
En novembre, les jours raccourcissent, le ciel devient gris, les arbres se dépouillent… et parfois nos cœurs aussi. Même ceux qui aiment Dieu peuvent traverser des saisons de fatigue intérieure, de confusion, de “blues spirituel”. Et si ces moments n’étaient pas seulement des pièges, mais aussi des portes de croissance avec Dieu ?

Dans cet article, on va explorer la vallée de l'incompréhension à partir du prophète Habakuk et du témoignage bouleversant d’une femme qui a vécu des années de dépression majeure avant de trouver, pas une vie parfaite, mais un chemin de consolation, de guérison et d’espérance.
Dépression, incompréhension et foi : un vrai enjeu spirituel
Les études le confirment : dans les pays nordiques comme le Canada, les épisodes de dépression sont plus fréquents en hiver, notamment de décembre à février. Au Québec, on estime qu’entre 8 et 12 % de la population vivra un épisode dépressif majeur au cours de sa vie. Et ce ne sont que les cas déclarés. Beaucoup souffrent en silence, sans consulter, sans être diagnostiqués, parfois même sans oser mettre un mot sur ce qu’ils vivent.
La dépression ne vient jamais d’une seule cause. C’est souvent un cocktail de facteurs :
fatigue, stress, traumatismes;
isolement, saison sombre, manque de lumière;
blessures familiales, professionnelles, relationnelles;
facteurs biologiques et héréditaires;
sécheresse spirituelle, impression que Dieu est loin.
À cette liste, on oublie souvent d’ajouter un facteur invisible mais puissant : l’incompréhension, les doutes et les remises en question obsessionnelles.
Quand je ne comprends plus :
pourquoi les choses tournent mal,
pourquoi Dieu semble silencieux,
pourquoi la souffrance s’acharne,
il se crée à l’intérieur un sentiment de perte de contrôle, de confusion, de stress continu, qui peut mener au découragement profond… parfois jusqu’à la dépression.
Les doutes en soi ne sont pas mauvais. Ils peuvent même être sains : ils nous poussent à chercher, à prier, à creuser. Mais lorsqu’ils deviennent envahissants, qu’ils tournent en boucle dans notre tête, ils génèrent anxiété, perte de confiance en soi, en les autres, et même en Dieu. On s’épuise intérieurement.
Et les remises en question constantes – “Est-ce que je vaux quelque chose ? Est-ce que Dieu est déçu de moi ? Pourquoi je suis comme ça ?” – finissent par miner l’estime de soi, nourrir la culpabilité et vider notre énergie émotionnelle. C’est là que la fatigue cognitive et spirituelle peut ouvrir une porte à la dépression.
Mais la bonne nouvelle, c’est que ce qui nous fait mal peut aussi devenir, entre les mains de Dieu, une porte de croissance.
Du désespoir à la lumière : le témoignage d’une femme relevée
Imaginons le parcours d’une femme qui, dès son enfance, pleure souvent sans savoir pourquoi. Dans sa famille, on parle de “folie”, on ne comprend pas. Pour éviter d’être jugée, elle invente des raisons à ses larmes. Très jeune, elle apprend à se dissocier d’elle-même pour ne plus sentir cette douleur intérieure permanente.
À l’adolescence, elle se marie. La douleur, elle, ne la quitte pas. Des épisodes de plus en plus longs de profonde tristesse l’engloutissent. Dans sa famille maternelle, il y a des antécédents : dépression saisonnière, dépression majeure, isolement, irritabilité, démence… sans que tout cela soit vraiment nommé. La souffrance est là, mais elle reste dans l’ombre.
À 22 ans, elle donne sa vie à Jésus. Elle sait qu’elle a besoin d’espoir, de vie éternelle. Elle commence à passer du temps seule avec Dieu tôt le matin : elle lit la Bible, elle loue, elle médite. C’est son seul moment de paix. Mais le reste de la journée, elle vit à plein régime pour ne pas penser, pour fuir cette douleur qui crie en elle.
Puis arrive un divorce douloureux. En plus de la rupture, elle vit le rejet de certains croyants autour d’elle. Elle se met même à croire que Dieu lui-même la rejette. C’est le point de rupture. Tout éclate. Enfin, des proches l’accompagnent chez un médecin : pour la première fois, elle reçoit un diagnostic de dépression majeure et un traitement adéquat. Elle n’est pas “folle”. Elle est malade… et elle peut commencer un chemin de soin.
Cela ne règle pas tout, mais la médication l’aide à voir plus clair, à ne plus tout dramatiser. À partir des années 90, elle alterne périodes de mieux-être et rechutes, suivies par des médecins. Puis vient une étape décisive : la thérapie avec un accompagnement chrétien.
Un thérapeute lui apprend à :
parler à Jésus seule à seul de toutes ses souffrances,
reconnaître que ses larmes ont une raison,
identifier le déni qui l’empêchait de voir sa douleur,
mettre des mots sur les blessures profondes.
Elle comprend que son passé, ses pertes, ses idoles (des lettres, des souvenirs qui la détruisaient chaque fois qu’elle les relisait) l’enchaînent. Un jour, elle comprend qu’il faut détruire ces idoles pour avancer. Elle réalise qu’elle aussi a le droit d’être guérie, renouvelée, pas seulement les autres.
Un autre tournant vient lorsqu’une femme de son église lui dit :“Je vois la souffrance en toi… et je peux t’aider.” Cette fois, ce ne sont pas que des paroles : quelqu’un l’accompagne réellement, l’écoute, marche avec elle.
Petit à petit, elle apprend à :
reconnaître les signes avant-coureurs d’une rechute,
ne plus rester seule dans sa souffrance,
mettre en lumière ce qu’elle vit en en parlant à des personnes de confiance,
refuser de laisser l’ennemi agir dans le secret,
courir vers la Parole, la louange, la prière dès qu’une déception ou une blessure surgit.
Depuis 2004, elle ne prend plus de médication. Cela ne veut pas dire qu’elle n’a plus de douleur ni de défis, mais qu’elle a développé, avec Dieu et des relations saines, une “hygiène émotionnelle et spirituelle” qui lui permet de rester debout.
Aujourd’hui, cette même femme qui a connu des années de dépression majeure, des pensées de mort, des rejets, est debout, restaurée, en feu pour Dieu, prête à servir, à témoigner, à encourager. Son histoire devient un psaume moderne : “Éternel, mon Dieu, j’ai crié à toi, et tu m’as guéri… Tu as changé mon deuil en allégresse” (cf. Psaume 30).
Habakuk : le prophète qui chante le blues de la foi
Le livre d’Habakuk, dans l’Ancien Testament, est étonnamment actuel. Il ressemble à un chant de blues :
il commence dans la plainte,
traverse les questions, la colère, l’incompréhension,
et se termine dans une foi qui ose chanter au milieu du désastre.
Chapitre 1 – Quand Dieu semble silencieux et injuste
Habakuk regarde son peuple : violence, corruption, injustice, loi méprisée. Il crie : “Jusqu’à quand, Éternel, crierai-je à toi, sans que tu écoutes ? Pourquoi me fais-tu voir l’iniquité ?” (Ha 1.2-3)
Il n’accuse pas Dieu directement, mais il ne comprend plus comment Dieu administre sa justice. Et quand Dieu répond, c’est encore plus déroutant : il annonce qu’il va utiliser un peuple ennemi, encore plus injuste – les Babyloniens – pour juger Juda. Habakuk est choqué : “Seigneur, comment peux-tu te servir d’eux ?”
On se reconnaît facilement en lui :“Seigneur, pourquoi cette personne-là, pourquoi cette injustice-là, pourquoi ce timing-là ? Tu aurais pu faire autrement…”
Habakuk nous apprend quelque chose de précieux : Tu peux dire à Dieu ce que tu n’oses dire à personne. Dieu n’a pas peur de nos questions. Il préfère une foi honnête à un silence religieux.
Chapitre 2 – Attendre, écouter, écrire
Dans le chapitre 2, Habakuk adopte une autre posture : “Je veux être à mon poste et me tenir sur la tour ; je veux veiller pour voir ce que l’Éternel me dira…” (Ha 2.1)
Il se fait guetteur. Il a parlé, il a crié… maintenant il attend. Dieu lui demande d’écrire la vision et lui rappelle que Sa justice viendra en son temps. C’est là qu’apparaît une phrase clé : “Le juste vivra par sa foi.” (Ha 2.4)
Ce verset sera repris trois fois dans le Nouveau Testament (Romains 1, Galates 3, Hébreux 10). Il pose un fondement : le juste ne vit pas d’explications, mais de foi. Pas une foi naïve, mais une foi qui décide de faire confiance à Dieu même quand tout n’est pas clair, même quand la justice semble retardée.
Le silence de Dieu n’est pas une absence. C’est souvent une préparation.
Chapitre 3 : le blues qui se transforme en louange
Dans le chapitre 3, Habakuk compose un chant. On pourrait l’appeler “les blues d’Habakuk” : un mélange de lamentation et d’espérance. Il reconnaît la gravité de la situation : l’économie va s’effondrer, la guerre arrive, les récoltes seront détruites. Il ne nie pas la réalité.
Et pourtant, il ose une déclaration qui tranche :
“En effet, le figuier ne fleurira pas,
la vigne ne produira rien,
le fruit de l’olivier manquera,
les champs ne donneront pas de nourriture,
les brebis disparaîtront du pâturage,
il n’y aura plus de bœufs dans les étables.
Mais moi, je me réjouirai en l’Éternel,
je tressaillirai de joie à cause du Dieu de mon salut.
L’Éternel, le Seigneur, est ma force ;
il rend mes pieds semblables à ceux des biches,
et il me fait marcher sur mes hauteurs.” (Ha 3.17-19)
Il décrit un effondrement total… puis il choisit la louange.
Ce n’est pas du déni. C’est un acte de résistance spirituelle. Habakuk ne se réjouit pas de ce qui arrive. Il se réjouit en Dieu, au cœur de ce qui arrive.
Les circonstances disent : tout est perdu.
La foi répond : Dieu est encore là.
L’économie s’écroule.
Mais le Dieu du salut reste fidèle.
Habakuk ne comprend pas tout. Mais il sait qui est Dieu. Et cela lui suffit pour traverser.
Grandir dans la vallée de l'incompréhension : pistes concrètes pour notre vie
Que faire quand nous aussi, nous sommes dans la vallée ?
Voici quelques pistes qui ressortent à la fois de l’histoire de cette femme restaurée et du livre d’Habakuk :
Ose nommer ta souffrance.
Ne minimise pas ce que tu vis. La dépression, l’anxiété, l’épuisement ne sont pas des caprices. Parles-en à Dieu avec sincérité. Parles-en aussi à des personnes de confiance.
Mets en lumière ce que tu traverses.
L’ennemi agit dans le secret. Parler à un médecin, à un pasteur, à un ami mûr dans la foi, peut déjà briser une partie de la puissance du mensonge et de la honte.
Cherche une aide appropriée.
Si c’est sérieux : consulte un professionnel de la santé.
Si c’est spirituel et émotionnel : ouvre ton cœur à un accompagnement chrétien, à un groupe de partage, à un ministère de prière.
Cultive des pauses de vraie présence.
Notre époque fuit l’ennui à coups de téléphone, d’écrans, de réseaux sociaux. Pourtant, c’est souvent dans le silence, le vide, que le cœur peut se déposer et que Dieu parle. Prends des temps sans écran, sans distraction : marche, médite un psaume, reste en silence devant Dieu.
Alimente ta foi par la Parole et la louange.
Lis régulièrement des passages comme les Psaumes, Habakuk 3, Philippiens 4. Écris des vérités bibliques sur Dieu et sur ta nouvelle identité en Christ, et relis-les chaque jour.
Souviens-toi que la justice de Dieu n’est jamais annulée, seulement différée.
Peut-être que tu ne vois pas encore la réponse, la réparation, la restauration. Mais Dieu est juste. Il est maître du temps. Et il utilise même les saisons sombres pour te faire grandir et te rapprocher de lui.
Un Dieu qui reconstruit des vies et des familles
La dépression ne définit pas ta valeur. La vallée de l’incompréhension n’est pas la fin de ton histoire. Le Dieu d’Habakuk est le même aujourd’hui : il prend des vies qui semblent “scrap” au bord de la route et il les recycle pour en faire des témoignages de grâce.
Il peut :
te relever dans ton âme,
t’apprendre à pleurer avec lui plutôt que seul,
t’apprendre à chanter un blues de foi : un chant où l’on ne nie pas la douleur, mais où l’on choisit de se tourner vers le Dieu de notre salut.
Alors, même si le figuier de ta vie ne fleurit pas encore, même si les champs sont vides et ton cœur fatigué, tu peux murmurer avec Habakuk :
“Mais moi, je me réjouirai en l’Éternel. Je tressaillirai de joie à cause du Dieu de mon salut.”
Et dans ce choix-là, dans ce “mais moi”, commence déjà une œuvre profonde de guérison.
Message du pasteur David Naud résumé par ChatGPT


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