Qu’est-ce qu’un dirigeant d’Église?
- David Naud
- il y a 3 heures
- 8 min de lecture
Lorsqu’on parle des responsables d’une Église, plusieurs titres sont employés : pasteur, ancien, évêque, surveillant, ministre ou encore membre du comité pastoral. Ces mots désignent-ils des fonctions différentes? Existe-t-il une hiérarchie entre eux? Et surtout, comment le Nouveau Testament décrit-il ceux qui ont la responsabilité de conduire une assemblée chrétienne?
Notre vocabulaire actuel est largement influencé par l’histoire et les traditions ecclésiastiques. Pourtant, lorsqu’on retourne aux textes bibliques, on découvre que les termes ancien, évêque et pasteur ne décrivent pas trois titres distincts, mais plutôt trois dimensions complémentaires d’un même ministère de direction d’église.
Un collège d’anciens
Le mot collège évoque généralement, pour nous, un établissement d’enseignement. Il possède cependant un autre sens plus ancien : une réunion de personnes exerçant la même fonction ou possédant la même dignité. C’est dans ce sens que l’on parle, par exemple, du Collège des médecins.
L’expression collège d’anciens désigne donc un groupe de responsables qui exercent ensemble la direction spirituelle d’une Église locale. Le mot grec presbyterion, employé dans le Nouveau Testament, signifie précisément « assemblée des anciens », « conseil » ou « corps des anciens ».
Paul écrit à Timothée :
« Ne néglige pas le don qui est en toi, et qui t’a été donné par prophétie avec l’imposition des mains de l’assemblée des anciens. » — 1 Timothée 4.14
À l’Église Fusion, nous n’utilisons pas fréquemment l’expression collège d’anciens. Pourtant, notre comité pastoral correspond assez bien à cette réalité : plusieurs responsables spirituels participent ensemble à la conduite de l’Église.
Cette collégialité ne signifie pas nécessairement que tous les responsables doivent exercer exactement la même influence ou assumer les mêmes responsabilités. Une Église peut reconnaître un pasteur principal chargé de communiquer la vision, de coordonner l’équipe et, lorsque cela devient nécessaire, de trancher certaines questions. Il faut cependant être honnête : le Nouveau Testament ne définit pas explicitement une fonction appelée « pasteur principal ». Il s’agit plutôt d’un modèle de gouvernance que certaines Églises considèrent compatible avec les principes bibliques.
Le danger serait de faire du pasteur principal un dirigeant solitaire ou incontestable. La présence d’une équipe d’anciens constitue justement une protection contre l’autoritarisme, l’aveuglement personnel et l’absence de redevabilité.

Le pasteur : celui qui prend soin du troupeau
Le titre le plus courant aujourd’hui dans les milieux évangéliques est celui de pasteur. Curieusement, le nom grec poimēn, lorsqu’il désigne des responsables d’Églises, apparaît explicitement surtout dans Éphésiens 4.11 :
« Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs. »
Le mot poimēn signifie d’abord « berger ». Dans le monde biblique, le berger devait :
surveiller les dangers qui menaçaient le troupeau;
protéger les brebis contre les prédateurs;
soigner celles qui étaient malades ou blessées;
chercher celles qui s’étaient perdues;
conduire le troupeau vers la nourriture et l’eau;
vivre auprès des brebis afin de gagner leur confiance.
Le titre de pasteur met donc l’accent moins sur le statut du responsable que sur sa relation avec les personnes qui lui sont confiées.
Le pasteur biblique ne se contente pas de prêcher le dimanche. Il veille sur les âmes, protège l’Église contre les enseignements destructeurs, soigne les blessés, cherche ceux qui s’éloignent et conduit les croyants vers la maturité spirituelle.
Même si dans le NT le nom pasteur est rarement appliqué aux dirigeants chrétiens, le verbe correspondant, qui signifie « faire paître » ou « prendre soin comme un berger », leur est clairement attribué. Paul dit aux responsables d’Éphèse de « paître l’Église du Seigneur » (Actes 20.28). Pierre donne la même instruction aux anciens :
« Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre garde, non par contrainte, mais volontairement, selon Dieu. » — 1 Pierre 5.2
Être pasteur ne consiste donc pas d’abord à porter un titre. C’est accomplir le travail d’un berger auprès du peuple de Dieu. Les dirigeants de l’Église Fusion sont donc des pasteurs, mais plus que cela.
L’évêque : celui qui veille
Le mot évêque traduit le grec episkopos (d’où vient l’église épiscopalienne chez les Anglicans, dirigée par un évêque). Il peut également être rendu par « surveillant », « gardien » ou overseer en anglais.
Le terme met l’accent sur la responsabilité de veiller à la saine doctrine, à la pratique de la Parole de Dieu, au bon fonctionnement et à la santé spirituelle de l’Église. L’évêque doit surveiller ce qui lui est confié, discerner les dangers et s’assurer que l’assemblée demeure fidèle à l’Évangile.
Paul écrit :
« Cette parole est certaine : si quelqu’un aspire à la charge d’évêque, il désire une œuvre excellente. » — 1 Timothée 3.1
Il énumère ensuite les qualités nécessaires :
« Il faut donc que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme, sobre, modéré, réglé dans sa conduite, hospitalier, propre à l’enseignement. » — 1 Timothée 3.2
Ce qui frappe dans cette liste, c’est que Paul insiste davantage sur le caractère du dirigeant que sur ses talents. Le responsable doit savoir enseigner, mais il doit surtout être irréprochable, fidèle, maître de lui-même, hospitalier et capable de bien diriger sa propre maison.
Le leadership chrétien repose donc premièrement sur une vie crédible. Le charisme, l’éloquence et les compétences administratives ne compensent jamais un caractère déficient. Pour certaines dénominations, l’évêque est un titre hiérarchique. À la Fusion, les pasteurs/anciens sont des évêques dans le sens de la fonction de l’évêque décrite plus haut.
L’ancien : celui qui possède la maturité nécessaire
Le terme le plus fréquemment utilisé dans le Nouveau Testament pour désigner les responsables des Églises locales est probablement celui d’ancien. Il traduit le grec presbyteros (d’où les églises presbytériennes, dirigées par des anciens).
À l’origine, ce mot désigne une personne plus âgée. Il est ensuite devenu un titre de responsabilité et de dignité. Dans le monde juif, les anciens participaient à la direction de la communauté, à l’administration de la justice et aux délibérations publiques. Les premières Églises ont repris ce vocabulaire pour désigner leurs responsables.
Dans Actes 14.23, Paul et Barnabas établissent des anciens dans les Églises qu’ils ont fondées : « Ils firent nommer des anciens dans chaque Église et, après avoir prié et jeûné, ils les recommandèrent au Seigneur, en qui ils avaient cru. »
Paul confie également cette mission à Tite :
« Je t’ai laissé en Crète, afin que tu mettes en ordre ce qui reste à régler et que, selon mes instructions, tu établisses des anciens dans chaque ville. » — Tite 1.5
Le terme ancien ne signifie pas nécessairement que le responsable doit être avancé en âge. Il évoque surtout la maturité, la sagesse, la stabilité et l’expérience spirituelle. Un homme peut être relativement jeune et posséder une réelle maturité; inversement, l’âge ne garantit pas automatiquement la sagesse.
L’ancien doit être une personne dont la vie et la foi peuvent servir de modèle. Pierre ne commande pas aux anciens de dominer l’Église, mais de devenir « les modèles du troupeau » (1 Pierre 5.3). Les dirigeants de l’Église sont donc des pasteurs, des évêques et des anciens.
Ancien, évêque et pasteur : trois dimensions du même ministère
Plusieurs passages montrent que les termes ancien, évêque et pasteur se rapportent à une même responsabilité spirituelle.
Actes 20 en fournit l’un des exemples les plus clairs. Au verset 17, Paul fait appeler les anciens de l’Église d’Éphèse. Lorsqu’il s’adresse à eux, il leur dit :
« Prenez donc garde à vous-mêmes et à tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l’Église du Seigneur, qu’il s’est acquise par son propre sang. » — Actes 20.28
Les mêmes hommes sont donc :
des anciens, en raison de leur maturité et de leur fonction;
des évêques, parce qu’ils surveillent l’Église;
des pasteurs, puisqu’ils doivent prendre soin du troupeau.
Tite 1 confirme ce rapprochement. Paul demande d’établir des « anciens » (presbuteros) dans chaque ville au verset 5, puis il décrit les qualités que doit posséder « l’évêque » (episkopos) au verset 7. Il semble passer naturellement d’un terme à l’autre parce qu’il parle de la même fonction.
De même, dans 1 Pierre 5.1-2, Pierre s’adresse aux anciens et leur demande de prendre soin du troupeau et d’en exercer la surveillance. Les trois idées se retrouvent encore une fois dans le même passage. Il est important de se référer aux mots grecs originaux et non seulement à nos traductions françaises.
On pourrait donc résumer ainsi : ancien désigne la personne et sa maturité; évêque décrit sa responsabilité de surveillance; pasteur illustre sa manière de prendre soin de l’Église.
Une direction exercée en équipe
Le Nouveau Testament parle régulièrement des anciens au pluriel. Paul et Barnabas établissent des anciens dans chaque Église. Jacques demande au malade d’appeler « les anciens de l’Église » afin qu’ils prient pour lui. Pierre s’adresse aux anciens qui se trouvent parmi les croyants.
Cette pluralité indique que la direction d’une Église ne devrait normalement pas reposer sur une seule personne.
Actes 15 présente un exemple important de discernement collectif. Une controverse majeure éclate au sujet de la circoncision des croyants non juifs. Les apôtres et les anciens se réunissent à Jérusalem pour examiner la question. Après avoir entendu les témoignages, discuté des faits et considéré les Écritures, ils prennent une décision avec la participation de l’Église.
Ce passage n’est pas un modèle administratif détaillé applicable mécaniquement à chaque comité pastoral. Il concerne une assemblée exceptionnelle réunissant les apôtres, les anciens et l’Église de Jérusalem. Il révèle néanmoins plusieurs principes essentiels : les dirigeants écoutent, discutent, examinent les faits, se soumettent à la Parole et cherchent ensemble la direction du Saint-Esprit.
La collégialité biblique n’exige pas que tous aient exactement le même rôle. Elle exige cependant qu’aucun responsable ne se considère comme étant au-dessus de la correction, du dialogue ou de la redevabilité.
Une autorité qui appartient d’abord à Christ
Les dirigeants ne sont jamais propriétaires de l’Église. Paul rappelle que le troupeau appartient au Seigneur, qui l’a acquis par son propre sang. Pierre appelle Jésus « le souverain pasteur » (1 Pierre 5.4).
Tout pasteur demeure donc lui-même une brebis sous l’autorité de Christ.
L’autorité spirituelle n’est pas donnée pour dominer, contrôler ou construire un royaume personnel. Elle est confiée afin de servir, protéger, enseigner et conduire le peuple de Dieu. Jésus a clairement établi la différence entre le leadership du monde et celui de son royaume :
« Quiconque veut être grand parmi vous, qu’il soit votre serviteur. » — Matthieu 20.26
Un dirigeant d’Église n’est donc pas simplement un administrateur compétent, un excellent communicateur ou une personnalité rassembleuse. C’est un serviteur appelé par Dieu, reconnu par l’Église, qualifié par son caractère et chargé de prendre soin du troupeau de Christ.
Alors, qu’est-ce qu’un dirigeant d’Église?
Un dirigeant d’Église est un ancien parce qu’il doit manifester la maturité et la sagesse nécessaires pour conduire les croyants. Il est un évêque parce qu’il doit surveiller, protéger et administrer fidèlement ce que Dieu lui confie. Il est un pasteur parce qu’il prend soin des personnes comme un berger prend soin de son troupeau.
Ces termes ne devraient pas devenir des titres honorifiques servant à élever certains chrétiens au-dessus des autres. Ils décrivent une responsabilité exigeante, exercée sous le regard de Dieu.
Le véritable dirigeant chrétien ne cherche pas premièrement à être suivi. Il cherche à conduire les autres vers Christ. Il ne possède pas le troupeau : il en prend soin pour le compte du souverain Pasteur. Il n’exerce pas son autorité seul et sans contrôle : il travaille avec d’autres responsables, demeure redevable et se soumet lui-même à la Parole de Dieu.
Les modèles de gouvernance peuvent varier d’une Église à l’autre. Certaines utilisent les titres de pasteurs, d’autres parlent d’anciens ou de comité pastoral. C’est compréhensible que les titres s’appliquent à notre contexte d’église et se modernisent. La question la plus importante n’est cependant pas le titre employé, mais la réalité biblique vécue : ces responsables possèdent-ils le caractère biblique, prennent-ils soin du troupeau, protègent-ils l’Église et conduisent-ils ensemble le peuple de Dieu sous l’autorité de Jésus-Christ?
Voilà ce qui définit véritablement un dirigeant d’Église.




De nos jours, le môt "évêque" est rarement utilisé de nos jours, contrairement au NT. Pourtant le mot "pasteur"est mentionné qu'un seule fois et pourtant, dans certains milieux, il y a une multitude de "pasteurs", un terme utilisé beaucoup trop souvent, selon moi. Si quelqu'un détient une fonction (finances, animateur de louange, gradué d'une école théologique, responsable d'un département etc.,) est-il (elle) absolument catalogué comme étant pasteur) ?